Chaque article a besoin d’un visuel. Chaque visuel, je le refaisais de zéro : nouveau prompt, nouveau style, nouvelle ambiance. Quand on est indépendant, le temps qu’on ne passe pas sur ses clients se paie ailleurs, et cette feuille blanche répétée à chaque publication n’avait aucun sens.

La solution facile aurait été de publier sans image. Mais j’ai retenu une règle de mon passage chez Steeple : pas d’image, pas de clic. Le problème, ce n’était donc pas l’image elle-même, c’était son absence de cohérence.


Partie 1 — Le problème : des visuels qui jurent les uns avec les autres

Mis côte à côte, mes visuels donnaient un effet sapin de Noël : chacun dans son style, sa palette, son ambiance. Ça piquait les yeux, et ça ne racontait rien de mon activité.

C’est le même piège que sur un site sans règles de design : chaque session avec un modèle « embellit » à sa façon, et l’ensemble se délite. J’en avais déjà fait l’expérience en auditant citios.fr avec Impeccable — la cohérence ne vient pas du talent du modèle, elle vient d’un socle écrit.


Partie 2 — Le prompt géant, une fausse bonne idée

Mon premier réflexe a été de compenser par le prompt : tout mettre dedans, la palette, l’ambiance, le cadrage, les détails de style. Ça n’a pas marché. Pas parce que les modèles sont mauvais, au contraire, ils sont surpuissants sur la qualité brute. Le problème est ailleurs : plus le prompt s’allonge, plus le résultat devient aléatoire par rapport à ce que j’avais en tête. Un prompt de vingt lignes ne garantit pas vingt lignes de contrôle, il garantit surtout vingt lignes de variables que le modèle recombine à sa façon.


Partie 3 — Découper le problème en trois

La bascule s’est faite quand j’ai arrêté de traiter « faire un visuel cohérent » comme un seul problème, pour le découper en trois plus petits.

  • Les personnages et les objets récurrents. Un ou deux personnages, travaillés une fois puis réutilisés d’un article à l’autre. C’est ce qui apporte le plus de cohérence, et le plus de gain de temps : une fois le personnage fixé, je n’ai plus à le redéfinir à chaque prompt.
  • La mise en scène. Là, pas de raccourci : chaque publication a son propre contexte, donc chaque mise en scène repart d’une feuille blanche. C’est normal, et c’est le seul endroit où ça doit rester le cas.
  • Le style. La direction artistique générale doit correspondre à votre activité et à votre personnalité, pas à une tendance repérée ailleurs. C’est ce qui donne au final un ensemble reconnaissable, même quand la mise en scène change à chaque fois.

En pratique, ça veut dire que je ne repars plus jamais de zéro sur l’ensemble du visuel. Seule la mise en scène change, le reste est stabilisé.


Partie 4 — Construire un personnage : le cas BB-DEV

Un personnage ne se limite pas à un prompt du type « un robot qui code ». Pour BB-DEV, l’agent qui développe dans ma petite équipe d’agents IA, j’ai écrit une vraie fiche de construction plutôt qu’une simple description. Le droid est assemblé à partir d’objets récupérés qui racontent son métier, pas d’un design abstrait : tête faite d’un clavier mécanique plié en arc, touches Escape en guise d’yeux qui rougissent quand il debug, torse en tour PC des années 90 avec son lecteur de disquette apparent, bras de bureau articulés terminés par des pinces en touches recyclées. Chaque pièce est choisie pour une raison, rien n’est là pour faire joli.

Dessin filaire de BB-DEV : droid assemblé d'un clavier plié en tête, d'un tour PC 486 DX2 et de bras articulés terminés par des pinces en touches
BB-DEV, fiche de construction du personnage.

Cette fiche fige aussi une palette (gris anthracite, rouille aux jointures, LED bleues) et une posture (jambes écartées, toujours en train de manipuler quelque chose). Une fois ces éléments posés, je ne les réinvente plus : je les réutilise tels quels d’un prompt à l’autre, seule la mise en scène change.


Partie 5 — Trouver le style qui vous ressemble

Le style est la partie la plus longue à trouver, parce qu’elle ne se résout pas par itération de prompt : il faut tester plusieurs directions et voir laquelle correspond réellement à l’image qu’on veut donner de son activité. Pour illustrer, j’ai décliné mon personnage BB-DEV dans plusieurs styles différents avant de trancher.

BB-DEV en style steampunk, dans un atelier aux vitraux, matières usées et lumière chaude
Steampunk
BB-DEV en style cyberpunk, néons magenta et cyan dans une ruelle asiatique de nuit
Cyberpunk
BB-DEV en style Star Wars, sur le pont d'un hangar spatial avec X-wings et droïdes
Star Wars

Même personnage, trois directions de style testées avant de trancher.

Ce que ça montre : un même personnage peut porter des identités visuelles très différentes, et le bon choix n’est pas le plus impressionnant techniquement, c’est celui qui vous ressemble.

Une fois le style choisi, je le fige dans un socle commun à tous mes personnages : rendu concept art, matières usées, même gabarit de prompt de base. C’est ce qui garantit que BB-DEV et les autres agents appartiennent à la même famille visuelle, même conçus à des moments différents.


Partie 6 — La mise en scène : partir d’une photo plutôt que d’une page blanche

La mise en scène reste le seul endroit où je repars de zéro à chaque publication, mais « repartir de zéro » ne veut pas dire « sans repère ». Pour illustrer l’article sur l’Open Knowledge Format, il me fallait une scène précise : BB-DEV en train de dépouiller une pile d’archives, sous une lampe, en gros plan. Plutôt que de décrire cette composition en prompt au mot près, je suis parti d’une photo trouvée en banque d’images, quelqu’un en train de trier des piles de dossiers sur un bureau encombré.

Photo de référence : une femme trie des piles de dossiers sur un bureau encombré, devant des archives empilées
La photo de référence utilisée pour caler la pose et la composition.

Cette photo ne sert pas de style, elle sert de référence de mise en scène : le cadrage, la pose, la densité de l’encombrement. Le prompt envoyé à Gemini reste court : « BB-DEV, gros plan, une archive ouverte qu’il lit, une lampe, des tonnes d’archives empilées derrière, lumière chaude, style steampunk », avec en pièce jointe l’image de référence du personnage et cette photo de mise en scène.

BB-DEV en style steampunk, lisant un grand livre de plans sous une lampe, entouré de piles d'archives
Résultat : le personnage et le style sont fixes, seule la mise en scène est nouvelle.

Le résultat tient debout parce que deux des trois variables étaient déjà réglées avant même d’écrire ce prompt : le personnage et le style. Il ne restait qu’à cadrer la scène, et une photo fait ça mieux qu’un paragraphe de description.


À retenir

Un prompt long ne remplace pas une méthode. Fixer ses personnages une bonne fois, accepter de retravailler la mise en scène à chaque publication, et choisir un style qui colle à son activité : c’est ce qui fait gagner du temps sur la durée, pas la taille du prompt.

Le chantier qu’il me reste maintenant, c’est de tenir ce fil sur la longueur, texte et image, pour donner envie de lire jusqu’au bout.

Pour la génération des images de cet article, j’ai utilisé ChatGPT et Gemini qui fonctionnent parfaitement pour mon besoin.